« Devenir chauffeuse de taxi, un choix que je n’ai jamais regretté »

Notre première chauffeuse du mois de l’année 2016 est Michèle Kaiser ! Au volant de son taxi depuis 34 ans, c’est avec un sourire aux lèvres que Michèle fait part de son expérience en tant que chauffeuse à Bruxelles.

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« Ma carrière a commencé la nuit du Nouvel An 1982. Je me rappelle encore parfaitement de ma première course : je ramenais à leur domicile des personnes qui avaient fêté la Saint-Sylvestre au Pré Salé. Je pense que je m’en souviendrai toute ma vie. Au tout début, j’avais deux emplois : la nuit, je roulais en taxi et la journée, je travaillais dans les bureaux d’une société pharmaceutique. Puis, j’ai perdu mon emploi de jour. Mais, être chauffeuse de taxi me plaisait et j’ai donc décidé d’en faire ma profession principale. Un choix que je n’ai jamais regretté.

Mon père était lui-même chauffeur de taxi. Quand je lui ai annoncé ma décision, il n’a pas sauté de joie… Ne vous méprenez pas, il aimait son métier. Mais il était très conscient de toutes les difficultés qui l’accompagnent et je ne peux pas nier qu’être chauffeur de taxi n’est pas facile : il faut savoir faire preuve de beaucoup de compétences humaines et techniques ! Cependant, je pense sincèrement avoir pris la meilleure décision possible. J’aime mon métier, il me procure une grande liberté et je fais des rencontres très enrichissantes.

Le contact avec les clients est justement son plus bel aspect. Il est rare qu’aucune conversation ne démarre dans mon taxi. La banquette arrière a cet effet : les passagers ne voient pas le visage du conducteur, se sentent plus à l’aise, peut-être moins jugés et ils savent qu’ils ne reverront sûrement jamais le chauffeur. Alors ils parlent, parfois même de choses très personnelles, intimes. Nos conversations sont parfois drôles, émouvantes, agréables, intéressantes ou tristes.

Il n’a pas été tellement difficile de m’intégrer dans le secteur des taxis qui est assez masculin. Les autres chauffeurs sont très corrects. Il y a 30 ans, il arrivait que certaines personnes fassent des remarques un peu déplacées, mais plus maintenant. J’ai vécu un peu de tout dans mon taxi. Je me rappelle qu’au début de ma carrière, alors que je roulais encore la nuit, un gang de motards n’avait pas apprécié que je démarre plus vite que lui au feu vert. Ses membres m’ont encerclée et ont sorti des chaînes pour démolir la voiture. J’ai appelé la centrale en panique. Une flotte de collègues est arrivé à mon secours et le ‟gang des taxis” a finalement fait fuir le gang de motards.

Même si c’est parfois plus facile à dire qu’à faire, le maître-mot est de rester calme. Il ne faut pas s’énerver, sinon ce sentiment se répercute négativement sur la conduite et le risque d’accidents augmente. Il faut rester courageux et également se détacher un peu. Il ne faut pas uniquement vivre pour son métier. Il faut aimer son métier, mais également pouvoir couper le moteur et laisser le taxi au garage quand on a fini son service.

Ce que j’aimerais souhaiter pour cette année 2016 ? Plus d’humanité et plus d’amour entre les communautés. »

Impatient de découvrir l’interview du prochain chauffeur du mois ? Pour rendre l’attente moins longue, venez lire ici celle de Bruno Robyn, notre chauffeur du mois de décembre.