Interdit de tournage, il réalise un film dans un taxi

Jafar Panahi, influent cinéaste iranien, est interdit de filmer depuis 2011. Il ne peut plus non plus quitter le territoire iranien. La raison ? Ses films traitent de sujets que l’Etat considère comme « propagande contre le régime ». Ceci n’arrête cependant pas le réalisateur, qui a décidé de tourner son dernier film dans un taxi.

Dans Taxi Téhéran, Jafar Panahi joue le rôle d’un chauffeur de taxi qui conduit ses passagers d’un bout à l’autre de Téhéran. Avec eux, ils discutent de leur vie, de leurs espoirs, de leurs craintes et de leurs attentes. Dans ce taxi conduit par un chauffeur inexpérimenté, on rit, on pleure et on partage. Que ce soit deux grands-mères, un jeune couple ou une mère avec son enfant, tous représentent une facette de Téhéran. L’avocate et militante des droits de l’homme Nasrin Sotoudeh, lauréate en 2012 avec Jafar Panahi du Prix Sakharov (remis par le Parlement européen pour la liberté de l’esprit), prend également place dans le taxi. Incarcérée pendant 3 ans et interdite de pratiquer son métier depuis 2011, elle joue le rôle d’une militante et explique les injustices de la société iranienne.

Ours d’or à Berlin

L’interdiction qui pèse sur Jafar Panahi l’a poussé à user de nombreuses astuces pour réaliser ce film. Dans le taxi où étaient dissimulées trois caméras, ce sont des acteurs amateurs qui prennent place en tant que passagers afin d’éviter les risques pour des personnes anonymes. Aucun générique n’est diffusé en fin de film, afin de les protéger en dissimulant leur identité. D’autres problèmes techniques et de sécurité sont également apparus : le réalisateur a dû surmonter des difficultés au niveau de la lumière et du son, et il a eu recours à des ruses lorsque le tournage a failli être découvert. Ce film, le troisième depuis sa condamnation, a été récompensé par l’Ours d’or à la Berlinale au mois de février 2015. Même si ses réalisations sont applaudies à l’international, elles sont interdites dans son propre pays. Les seules versions disponibles sont gravées sur des DVD vendus au marché noir.

Pourquoi Jafar Panahi a-t-il décidé de filmer dans un taxi ? L’idée lui est venue lorsque, en prenant le taxi, il s’est rendu compte que les chauffeurs et les passagers se parlaient facilement et librement. « Ce qui est beau dans “Taxi Téhéran”, c’est qu’il a trouvé enfin un dispositif pour sortir de chez lui, pour aller vers les autres, pour aller dans la vie, dans la ville, ouvrir ses portières aux passants, qui peuvent rentrer dans son film », explique Hengameh Panahi, la distributrice du film en France.

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=HXbPs8QO-f0

Photo: Courtesy of CSMonitor – Aslan Media – Flickr.com